L’identité et les identités

Après avoir examiné, les années précédentes, les notions de légitimité, de reconnaissance et de représentation, j’aborderai cette année une nouvelle notion qui est au coeur du rapport entre la philosophie et les sciences sociales, celle d’identité. Cette notion est en effet centrale dans un bon nombre de problématiques contemporaines en sciences sociales parce que la recherche, la revendication ou, à l’inverse, l’assignation d’une identité sont des phénomènes récurrents dans les
conduites des individus, des groupes et des institutions.
Tout se passe, en effet, comme si les individus avaient besoin d’être identifiés à la fois pour être eux-mêmes (subjectivement) et en société (objectivement). Pour exister, pour trouver une place dans la société, sur un territoire, il faut être identifié. Ce qui revient à dire que l’absence d’identification confine à l’inexistence. L’identité civile (les papiers d’identité) ne constituent qu’un des modes multiples d’identification, celui qui confère l’existence civile. Il est donc censé légaliser le droit de vivre sur le territoire national. Ainsi, les sans-papiers sont conçus comme s’ils n’existaient pas socialement et civilement. L’exigence d’identification est donc susceptible d’amener à nier l’existence sociale et civile d’hommes et de femmes, qui sont traités selon des procédures spéciales d’internement et expulsés. On parle également d’identité sexuelle, ethnique, culturelle, linguistique, jusqu’à l’identité numérique, la circulation sur internet suppose un identifiant électronique. Pour exister, il faut bien être identifié.
Autrement dit la notion d’identité se décline aujourd’hui au pluriel. Ces identités supposent des modes d’identification dont il s’agit d’examiner les ressorts. S’ils relèvent souvent de revendication de type particulariste ou communautariste et donnent lieu à la reconnaissance de droits, ces modes d’identification peuvent également être aliénants – permettre l’emprise d’un groupe sur un individu – voire, même, devenir meurtriers – par exemple à l’égard de ceux qui quitteraient le groupe.
Pour comprendre la pluralisation sociale des identités et des processus d’identification, il faudra d’abord revenir à la notion d’identité elle-même qui, en son principe même, est double : elle peut être en effet ou bien identité à soi-même (maintien d’un soi dans la différence), ou bien permanence d’une même chose sans changement. Cette distinction relève d’une analyse philosophique sans laquelle, la notion reste obscure à ceux-là mêmes qui l’utilisent.
L’examen de l’identité et des identités impliquera la référence aux oeuvres de philosophes, de sociologues et d’anthropologues, en particulier de John Locke, Paul Ricoeur, Jacques Derrida, Gilbert Simondon, Freud, Lacan, Pierre Bourdieu, Raymond Boudon, Alain Touraine.Une bibliographie sera donnée au début du cours.

Cours de M2R pour le second semestre 2009-2010
– Samedi 6 février, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage) de 9h à 11h
– Samedi 20 février, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage)de 9h à 11h
– Samedi 13 mars, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage)de 9h à 11h
– Samedi 27 mars, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage) de 9h à 11h
– Samedi 3 avril, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage)de 9h à 11h
– Samedi 10 avril, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage) de 9h à 11h
– Samedi 15 mai, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage)de 9h à 11h
– Samedi 29 mai, Sorbonne, salle F 673 ( Galerie Gerson, esc. G2, 1er étage)de 9h à 11h