Delphine Thivet: Une pensée hétérodoxe de la guerre. De Hobbes à Clausewitz, PUF, Paris, 2010

delphine

Parmi les différentes conceptualisations dont le phénomène de la guerre a pu faire l’objet, l’œuvre de Thomas Hobbes (1588-1679) et celle de Carl von Clausewitz (1780-1831) se sont souvent trouvées rangées, depuis le développement du champ disciplinaire des relations internationales en particulier, parmi des auteurs dits « réalistes » tels que Thucydide ou Machiavel notamment. Or leur pensée respective semble échapper à toutes les formes de catégorisation : ni pur « réalisme », ni bellicisme, ni pensée de la « raison d’État », d’une part, ni idéalisme, « pacifisme », ou pensée de la guerre juste, d’autre part, l’œuvre de Hobbes et celle de Clausewitz occupent une place à part parmi ceux qui, semblablement à eux, ont pris la guerre pour objet de leur réflexion. Malgré les deux siècles et bien d’autres choses qui les séparent, une pensée hétérodoxe de la guerre se fait ainsi écho à travers elles. Hobbes comme Clausewitz s’efforcent en effet d’appréhender la guerre, non point en juristes, tel Hugo Grotius, ni même en spécialistes de l’art de la guerre, comme Machiavel, ou bien encore en moralistes, tel Juste Lipse, mais bel et bien en tant que théoriciens soucieux de saisir la logique présidant aux rapports conflictuels entre les êtres humains, c’est-à-dire à la fois la suite des causes et des effets conduisant à la guerre et l’ensemble des règles commandant le déroulement de cette dernière une fois enclenchée. Le tableau de la guerre qu’offrent par conséquent Hobbes et Clausewitz à leurs lecteurs, bien qu’il puisse paraître sombre ou cynique, n’est pas celui de la déraison ou d’une hybris totalement déchaînée : loin de présenter la guerre comme un phénomène inextricable, chacun s’efforce, à sa façon, de rendre intelligible le phénomène guerrier, d’en mettre à nu les principes et les ressorts à la fois passionnels et rationnels, nécessaires et contingents.

Table des matières

Introduction

Chapitre premier. — La philosophie à l’épreuve de la guerre
Entre distance et engagement
Le renversement de l’ordre ancien
La guerre civile ou le pire des maux
Une « guerre de plume »

Chapitre II. — Une science de la guerre et de la paix
Le cycle de la violence intestine
Fonder une connaissance rationelle des causes de la guerre et de la paix

Chapitre III. — État de nature et nature de la guerre
La condition naturelle de l’humanité : une anthropologie pessimiste ?
État de nature et état de grâce dans la tradition théologique
État de nature et état civil

Chapitre IV. — L’état de guerre
Définir la guerre
Le temps de guerre
La volonté de combattre par la force
Les signes de guerre
Une « guerre de chacun contre chacun »

Chapitre V. — Passions et raisons de guerre
La théorie des « causes de guerre »
La compétition pour les biens
Méfiance et anticipation
La gloire ou l’imagination de sa puissance

Chapitre VI. — Le droit de guerre
Droit et guerre : une antinomie
L’identification du jus gentium et de la loi naturelle
Limitations du ius belli
Guerres rationnelles et guerres irrationnelles

Chapitre VII. — Penser la guerre : de Hobbes à Clausewitz
Un nouvel âge de la guerre
Le réel et son concept
Guerre et politique

Conclusion

Bibliographie
Index nominum

Delphine Thivet, docteur en philosophie de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, a traduit la première œuvre politique de Thomas Hobbes (Éléments du droit naturel et politique, « Bibliothèque des Textes Philosophiques », Paris, Vrin, 2010).

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